mardi 31 mars 2026

Je ne sais pas quand c’est arrivé.

 

Photo JAS

Il n’y a pas eu d’alerte, pas de grand choc.
Juste un matin, mes pas ont ralenti.

Avant, je faisais tout vite.
Je marchais vite. Je parlais vite. Je mangeais sans vraiment mâcher.
J’étais toujours un peu en avance ou un peu en retard, mais jamais vraiment là.

Je remplissais mes journées comme des valises trop petites,
pensant qu’une vie bien remplie était une vie bien vécue.

Et puis, un jour, j’ai commencé à marcher moins vite.

Au début, j’ai râlé.
Contre mes genoux, contre les escaliers, contre ce fichu sac trop lourd.
Puis, j’ai commencé à lever les yeux.

À voir les fleurs sur les balcons.
À remarquer l’odeur du pain chaud quand je passe devant la boulangerie.
À entendre le vent dans les arbres.

Avant, je traversais la vie comme on traverse une gare : vite, pressé(e), le regard fixé au bout du couloir.

Puis un jour, j'ai glissé et  je suis tombé 

Ce qui a provoqué une tendinite affreuse

Et j'ai dû arrêter de marcher sur le sentier du moulin

Car c'était trop dangereux

Et j'ai recommencé sur les trottoirs du village

Maintenant… je prends le temps.

De saluer.
D’écouter.
De m’arrêter.

Le plaisir de regarder les gens passer, sans avoir besoin de les rattraper.

Je prends mon café chaud, pas tiède.
Je laisse infuser mes pensées, comme une tisane qu’on ne veut pas gâcher.

Et tu sais quoi ?
Ce n’est pas triste, de ralentir.

C’est doux.
C’est vrai.
C’est sage.

C’est accepter que tout ne doit pas aller vite pour être important.
C’est comprendre que les moments les plus précieux sont souvent les plus lents.

Un regard qui dure.
Un silence qu’on n’interrompt pas.
Une main qu’on serre plus longtemps.

J’ai marché vite toute ma vie, pensant que c’était ça, avancer.
Mais aujourd’hui, je sais :
C’est dans la lenteur qu’on entend son propre cœur.

 Et dans ce battement tranquille…

je me sens pleinement vivant.