Le 29 août 1942 Joseph BURKEL, gauleiter de la Moselle annonça officiellement l'introduction du service militaire obligatoire et l'octroi de la nationalité allemande. Seront concernés tous les hommes des classes 1914 à 1927. A partir de cette date déterminante, chaque famille sera concernée par l'enrôlement d'un des siens. Avec la fameuse "Sippenhafftung", toute la famille est responsable en cas d'insoumission.
1. Témoignages de Marie-Antoinette OTT
1. Histoire de mon père Joseph Ott
Mon père est mobilisé comme malgré-nous. Lors de sa première permission, il se cache dans la rue des roches à Metz. On le dénonce. Il est interné dans un camp de concentration d'où il s'évade pour aller en zone libre à Valences. (Il faut le faire). Là il décède le 8 janvier 1943, ce que nous apprenons seulement le 19 décembre 1978 après avoir fait de longues recherches.
2. L'histoire de Joseph Ott, mon époux.
A l'âge de 17 ans, Joseph est incorporé dans l'armée allemande.
Lors de sa première permission, il apprend que son père est interné dans un camp de concentration allemand. Alors, Joseph se présente aux autorités allemandes en leur demandant de libérer son père, sinon il n'endossera plus l'uniforme de soldat. On lui dit alors que s'il ne va plus comme soldat, on internera encore sa mère et sa soeur. Croyez-vous qu'il avait le choix?
3. L'histoire de mon cousin Roger.
Roger est le fils aîné de tante Marie, la soeur de maman. Dès le début de la guerre Roger fuit, traverse la France jusqu'à Toulouse où il s'engage dans l'armée de l'air. Ensuite, il est pour un certain temps à Bamako au Mali en Afrique d'où il part pour l'Amérique jusqu'à la fin de la guerre. Ses parents sont sans nouvelles de lui jusqu'à son retour.
4. Gustave Vogel, malgré-nous en Yougoslavie
Le 2 mai 1943. Gustave Vogel est appelé à l'Arbeitsdienst, puis il est mobilisé de force dans l'armée allemande. İl a l'intention de suivre l'exemple de son frère Emile qui s'est évadé de l'armée allemande et se cache à Meisenthal. Ses parents le supplient de rester dans l'armée allemande, sinon les Allemands déportent toute la famille. Ainsi, Gustave, la mort dans l'âme repart à l'armée allemande qui l'envoie en Yougoslavie d'où il ne rentrera jamais en permission. Le 8 mai 1945. il sera fait prisonnier de guerre pour n'être libéré que le 26 juillet 1945.
5. Rémi Sprunck, malgré-nous, tombé en Russie
Rémi Sprunck est né le 12 février 1922, à Ormersviller, fils aîné de Nicolas Sprunck et de Marie Nicklaus. Il est incorporé de force, ainsi que son frère Pierre. Il sera envoyé en Russie où il tombera le 21 août 1943 en tant que "malgré-nous et en marge de son extrait de naissance figure la mention suivante "Mort pour la France".
La mention "Mort sur le champ d'honneur malgré lui" serait plus appropriée: 8 000 Mosellans subiront le même sort que Rémi Sprunck et auront tous la même mention en marge de leur acte de naissance.
Nous reproduisons deux lettres significatives que Rémi écrit.
à ses parents
Irgendwo in Russland, den 2.4.1943
Liebe Eltern und Geschwister!
Endlich sind wir nach sechs Tagen und Nächten Fahrt hier angekommen.
Wir sind hier in einem Dorf in Quartier bei den Russen in den Häussern In diesem Haus sind wir 6 Mann; wir liegen bei den Leuten im Zimmer.
Hier sind ein alter Mann und eine Junge Frau. Sie sind ganz gut zu uns, nur versteht man sie nicht. Sie erzählen uns immer etwas, aber wir verstehen nichts.
Die Leute sind arm hier; sie haben auch nichts mehr. Hier wechseln die Einquartierungen öfter: einmal sind diese hier, ein anderes Mal jene. Wir warten gerade auf die Suppe, die jeden Moment kommen so11.
Ich habeseit: gestern mittag nichts gegessen, das ist jett 29 stunden her. da rappelt der Magen!
Wer hatte einmal geglaubt, dass ich mal so weit ins Innere Russlands komme, so weit von der Heimat entfernt.
Ich denke, dass ich bis Weihnachten wieder bei Euch bin, aber das ist noch lange hin.
Und was gibt es Neues bei Euch? Seit von Lublin fort bin, habe ich noch keine Post erhalten, und ich muss vielleicht noch drei Wochen warten. Ich hoffe, dass ich bis Ostern einen Brief von Euch habe.
Was macht den Pierre? ist er noch am selben Platz? In Lublin habe ich noch einen Brief von ihm erhalten. das wäre für heute abend alle meine Neuigkeiten. Die Adresse weiss ich bis jetz noch nicht.
So will ich mein Brieflein schliessen und grüsse und küsse Euch alle vom Herzen
Rémi.
Traduction
Quelque part en Russie, le 2.4.1943
Chers Parents, frères et soeurs,
Enfin nous sommes arrivés après 6 jours et 6 nuits de voyage.
Nous sommes ici dans un village en cantonnement, dans les maisons chez les Russes. Dans cette maison, nous sommes 6 hommes à coucher dans la chambre chez ces gens. Elle est habitée par un vieillard et une jeune femme. Ils sont très gentils envers nous, seulement nous ne les comprenons pas.
Les gens sont pauvres ici, ils n'ont rien. Ici les troupes changent souvent. Nous attendons en ce moment la soupe qui peut venir d’un instant à l'autre.. Je n'ai pas mangé depuis hier midi cela fai+ maintenant 29 heures, cela gargouille dans mon estomac. Qui aurait cru que j'allais un jour si loin à l'intérieur de la Russie. si loin du pays natal. ve pense que vers Noel, je serai à nouveau chez vous, mais cela fait encore longtemps. Je ne m'en fais plus, tout peut arriver. Si Dieu veut que je rentre, je viendrai à nouveau. et qu'y a-t-il de neuf chez vous? Depuis que je suis parti de Lublin, Je n'ai pas encore reçu de courrier. Je dois sûrement encore attendre trois semaines. J'espère que pour Pâques j'aurai une lettre de chez vous. Que fait Pierre? Est-il toujours à la même place? A Lublin, j'ai encore eu une lettre de lui. Ce sont toutes les nouvelles pour ce soir. Je ne connais pas encore mon adresse. Ainsi, je termine ma lettre et vous embrasse tous de tout coeur
Rémi
La lettre suivante nous donne des détails sur l'alimentation en
Russie.
7.4.1943;
Liebe Eltern und Geschwistern!
Wille Euche einige Worte schreiben. Bin noch immer gesund und munter und hoffe es auch von Euch. Hoffendlich habt Ihr meine zwei Briefen erhalten. Ich kann nicht oft schreiben, denn die Post geht nur alle
8 Tage von hier weg. ich weiss nicht viel schreiben. Es geht noch immer gut; nur. ich habe Hunger! Ich würde 50 Mark bezahlen, wenn ich
mich nochmal sattessen könnte. Hätte ich nur die Botkrümchen und die Reste, die Ihr in den Eimer werft, egal was, würde das alles essen!
Ihr wisst noch gar nicht alle, was Hunger ist. Mit 15 Jahren war ich stärker als heute. Ich habe keine Kraft mehr. Es geht ja alles vorüber, es geht alles vorbei. heute Mittag, habe ich mir eine
Suppe aus Wasser und einer Tomate gemacht. Hätte die zu Hause bekommen weiss, ich nicht, was ich gemacht hätte. Das wäre alle meine Neuigkeiten für heute. es grüsst und küsst Euch alle von Herzen.
Rémi
7.4.1943
Chers Parents, frères et soeurs.
Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que je suis encore en bonne santé, j'espère qu'il en est de même chez vous. Je ne peux pas écrire souvent, car le courrier ne part que tous les 8 jours. Je ne sais pas grand chose vous écrire. Cela va toujours bien, seulement J'ai faim! Je paierais 50 Marks, si je pouvais manger à nouveau à ma faim. instant à l’autre... Je n'ai pas mangé depuis hier midi cela fait maintenant 29 heures, cela gargouille dans mon estomac. Qui aurait cru que j'allais un jour si loin à l'intérieur de la Russie. Si loin du pays natal. Je pense que vers Noë, je serai à nouveau chez vous, mais cela fait encore longtemps. Je ne m'en fais plus, tout peut arriver. Si Dieu veut que je rentre, je viendrai à nouveau. et qu'y a-t-il de neuf chez vous? Depuis que je suis parti de Lublin, je n'ai pas encore reçu de courrier. Je dois sûrement encore attendre trois semaines. J'espère que pour Pâques j'aurai une lettre de chez vous. Que fait Pierre? Est-il toujours à la même place? A Lublin, j'ai encore eu une lettre de lui. Ce sont toutes les nouvelles pour ce soir. Je ne connais pas encore mon adresse. Ainsi, je termine ma lettre et vous embrasse tous de tout coeur
Rémi
La lettre suivante nous donne des détails sur l'alimentation en
Russie.
7.4.1943;
Liebe Eltern und Geschwistern!
Wille Euche einige Worte schreiben. Bin noch immer gesund und munter und hoffe es auch von Euch. Hoffendlich habt Ihr meine zwei Briefen erhalten. Ich kann nicht oft schreiben, denn die Post geht nur alle
8 Tage von hier weg. ich weiss nicht viel schreiben. Es geht noch immer gut; nur. ich habe Hunger! Ich würde 50 Mark bezahlen, wenn ich
mich nochmal sattessen könnte. Hätte ich nur die Botkrümchen und die
Reste, die Ihr in den Eimer werft, egal was, würde das alles essen!
Ihr wisst noch gar nicht alle, was Hunger ist. Mit 15 Jahren war ich stärker als heute. Ich habe keine Kraft mehr. Es geht ja alles vorüber, es geht alles vorbei. heute Mittag, habe ich mir eine
Suppe aus Wasser und einer Tomate gemacht. Hätte die zu Hause bekommen weiss, ich nicht, was ich gemacht hätte. Das wäre alle meine Neuig-keiten für heute. es grüsst und küsst Euch alle von Herzen.
Rémi
7.4.1943
Chers Parents, frères et soeurs.
Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que je suis encore en bonne santé, j'espère qu'il en est de même chez vous. Je ne peux pas écrire souvent, car le courrier ne part que tous les 8 jours. Je ne sais pas grand chose vous écrire. Cela va toujours bien, seulement J'ai faim! Je paierais 50 Marks, Si Je pouvais manger à nouveau à ma
faim. Si seulement j'avais les miettes de pain et les restes que vous jetez dans le seau. A 15 ans. j'étais plus fort que maintenant. Je n'ai plus de force. Tout passera. A midi, je me suis fait une soupe avec de l'eau et une tomate. Si je l'avais eue à la maison, je ne sais pas ce que j'aurais fait. Ce sont toutes mes nouvelles pour aujourd'hui.
Je vous salue et vous embrasse bien fort.
Rémi
Remi Sprunck est décédé le 22 août à Sémanowsky (Russie)
6 . Auguste Sprunck meurt dans la clandestinité
Auguste Sprunck. fils de Jean-Pierre Sprunck, a 20 ans quand il décide de ne pas répondre à la convocation du conseil de révision en octobre 1943. Il se cache à Rimling avec son frère Alphonse et beaucoup d'autres réfractaires. Le 23 janvier 1944, il décède dans la clandestinité des suites d'une pleurésie.
Le Docteur Hessemann de Rohrbach-les-Bitche qui prodigue les soins au jeune insoumis et cela au péril de sa vie ne peut le faire hospitaliser et ne réussit pas à endiguer la maladie. Auguste Sprunck reçoit les derniers sacrements de l'intrépide capucin Joseph Reinhart, desservant de Guiderkirch.
Lorsque se pose le problème de son enterrement, il est convenu de l'enterrer dans la grange de la maison. Ce n'est qu'après les hostilités qu'il a été inhumé au cimetière d'Ormersviller.
Le Docteur Hessemann est contacté par un gendarme lorrain qui l'informe qu'il a intercepté une lettre de dénonciation relatant les détails de l'enterrement prévu!
7 . Jacques Vogel, résistant, mort en déportation Ernest Jacques Vogel, célibataire, né le 22 décembre 1917 à Ormersviller est le fils de Jacques Vogel.
Jacques Vogel a fait la campagne 1939-1940 en tant qu'engagé volontaire, et de ce fait. fait prisonnier en juin 1940, il ne sera libéré qu'en septembre 1941, au moment où les habitants d'Ormersviller, revenus de Charente sont hébergés à Lorquin, en attendant d'être placé comme colon allemand dans le sud du département.
En apprenant cette situation, il décide d'aller en Charente dans le village d'accueil de sa famille, à Angeduc. Il y travaille: dans
une ferme. Pour les Allemands, il est considéré comme un insoumis, et sa mère, veuve, a très peu de nouvelles de lui. Avec d’autres Mosellans insoumis cachés en Charente, il fait partie du réseau de résistance. du Capitaine Charles Rechenmann, originaire de Saint-Louis-lès-Bitche, et il est sous le commandement du Lieutenant Bernard Fischer, Instituteur de Barbezieux, originaire de
Sturzelbronn, ancien instituteur de Breidenbach en Moselle. ce réseau est chargé d'accueillir les armes parachutées pour la résistance.
Le 23 mai 1944, 9 maquisards sont arrêtés en même temps que le Lieutenant Fischer sur dénonciation de R.B., un "mouton" au service des Allemands. Ce dernier, un Charentais, est arrêté par les maquisards et fusillé.
Ils sont incarcérés à la prison d'Angoulême où, lors d'un interrogatoire, chaque question est ponctuée par un coup de poing.
Le 23 juin 1944, six du groupe, dont Jacques, sont transférés à Compiègne ils sont embarqués le 2 juillet 1944 dans le convoi de la mort c'est
Mlle Anna, la gouvernante du Curé d'Ormersviller Jean-Pierre Karp, informé de la déportation de Jacques par le R.P. Haller, qui le reconnaît à son accent à Dachau. Jean-Pierre Karp avait été expulsé le 28 juillet 1941, et le R.P. Haller avait été déporté en tant que passeur.
D'après le R.P. Haller, Jacques Vogel, à l'arrivée à Dachau, avait bonne mine, mais il le perd rapidement de vue et la famille n’eut plus de nouvelles. Il disparaît dans le camp de Hersbruck à l'âge de 27 ans fin 1944.
Sur les dix résistants arrêtés le 23 mai 1944, neuf disparaissent dans un camp de concentration. En leur souvenir un mémorial est érigé à Perreuil-Angeduc avec l'inscription "Morts en déportation pour notre liberté"
Seul, Pierre Seiler, originaire de Petit-Réderching, qui réussit à ouvrir la porte du wagon et avec 30 compagnons de déportation, sautera du train près de Chalons-sur-Saône, et échappera ainsi à l’ enfer de Dachau.
Les paysans charentais qui abritaient, malgré le danger, ces insoumis-maquisards et les traitaient comme des fils, nous devons leur rendre hommage.
Pour ces maquisards, la liberté n'avait pas de prix, et comptait avant la famille, et ceci, est souvent oublié.
7. Dénoncé par un douanier français, meurt en déportation
Alphonse est né le 30 août 1915 à Ormersviller, il est le fils de Georges Vogel et de Marie Sprunck. Au retour de Charente, son père, veuf, aura une "Siedlung" à Hampont, son fils y travaille à la laiterie; et en septembre 1943, il reçoit son ordre de mobilisation.
Grâce à la filière des ses beaux-frères, Joseph et Denis Schaff, il passera la frontière pour rejoindre sa soeur Barbe à Landres (Meurthe-et-Moselle) où il sera employé comme journalier chez le maire du village. Puis, il suit sa soeur Barbe, mutée à l'école maternelle de Longwy où il restera huit jours. M. Schang, professeur, fils de l'instituteur de Hampont lui trouvera une place de journalier ( chez un fermier de Longuyon.
Le jour de Pâques, le 9 avril 1944, il vient à bicyclette à Longwy-Bas pour rendre visite à sa soeur. Assistant d'abord à la Grand-Messe avant de se rendre chez Barbe, il rencontre à la sortie un douanier français, en poste avant 1939 à Ormersviller. ce dernier l'invite à boire un coup, au café. Tout à coup, deux policiers de la Gestapo, entrent au café, s'accoudent au comptoir, observent les clients et se dirigent tout droit sur Alphonse et le douanier. Ils lui réclament les papiers et l'invitent à le suivre.
Le douanier laisse faire. Arrivés à la mairie, ils le fouillent, et trouvent sur lui un livre de messe allemand et une photo de son cousin Rémy Sprunck, mort sur le front russe fin 1943. Ce qui confirme son appartenance à une famille mosellane. Il est emprisonné de suite dans la cave de la mairie. Sa soeur apprend l'arrestation de son frère par la population, et un gendarme vient la chercher dans l'après-midi, pendant le repas des gestapistes, pour une très courte entrevue avec son frère. Elle pourra le revoir, le jeudi, avant son départ pour le Fort de Queuleu.
Le douanier compatit avec Barbe sur le sort de son frère. Celle-ci lui raconte toute l'histoire de son frère. Le dimanche suivant, le fermier, qui avait hébergé son frère, est arrêté à son tour.
Barbe, à partir de là, se doute de l'origine de la dénonciation.
De Queuleu, il est transféré à la caserne de Morhange, où tous les insoumis arrêtés sont rassemblés avant d'être transférés en Allemagne. Lors du transfert à Morhange, avertie par un gardien complice, elle voit son frère Alphonse pour la dernière fois. Quand il passe devant elle. il lui dit: "C'est G. (le douanier français) qui m'a dénoncé. "Les doutes de Barbe se confirment . Après le transfert en septembre 1944, on n'aura plus de nouvelles de lui. Il sera déclaré mort en 1951, par jugement du Tribunal de Sarreguemines.
8Gérard Meyer,le réfractaire destiné à être SS.
Gérard Meyer, né le 12 novembre 1926 à Ormersviller, est le fils de Jacques Meyer et de Mathilde Barth, Siedler à Manhoué.
« Après avoir effectué mon Reichsareitsdienst pour apprendre à manier la bêche. Je suis libéré le 2 février 1944. Je passe le conseil de révision où avec 1,68 m, j'ai la taille requise (1.65-pour être affecté au Centre de fcrmation des SS de Prague.
Mes deux frères aînés, Georges né en 1924 et René, né en 1925 sont déjà mobilisés. Quand j'apprends mon affectation chez les SS, cela me coupe le souffle et je n'ose même pas en parler à personne. même pas à mes deux camarades de classe René Sprunck et Jean Meyer qui sont versés dans la marine en Norvège. Le 12 février 1944, mon frère Aloyse m'emmène en cabriolet à la gare de Château-Salins. René et Jean veulent m'accompagner, mais je refuse. Je pars donc seul avec mon frère. Mais au lieu de prendr la direction de Prague, via Metz, je prends celle de Lorquin, où habite mon oncle Guillaume Meyer. A minuit, je frappe à sa porte, mon oncle ouvre. Il est étonné de me voir. Il me demande la raison de ma visite tardive. Je lui réponds évasivement. Ce sera seulement le lendemain, que je lui explique ma situation. Après quelques heures de réflexion, il accepte de me garder et après huit jours passés à l'intérieur, il m'engage à travailler dans son exploitation de débardage de bois.
Un Polonais et un Serbe l'aident dans son entreprise. J'essaie d'être toujours discret et de me montrer le moins possible. Tout se passe bien, mais je suis rapidement reconnu par des habitants d'Ormersviller, domiciliés à Lorquin. Et de bouche à oreille, la nouvelle de mon insoumission arrive à Manhoué. Le 15 juin 1944, mon père arrive à Lorquin et m'emmène en train à Meisenthal avec le titre de permission de son fils Georges. Là habite un autre oncle, Jules Winckler, père de sept enfants. Ce dernier est tout de suite d'accord pour me cacher. Il demandera à son cousin Antoine Becker d' aménager un trou dans la cuisine qui donne accès au sous-sol, condamné de l'ancien moulin. L'accès est dissimulé par un meuble. La cachette étant excellente, je serai bientôt rejoint par un autre cousin Emile Vogel qui s'est évadé de l'armée allemande à bicyclette. La cache, étant tellement sûre qu'elle sera aménagée pour accueillir sept autres insoumis et partisans: Louis Winckler de Meisenthal, Michel Guehl, Charles Hammer, instituteur, et Michel Dodo de Soucht. François Lutz de Goetzenbruck, Charles et un septème dont j’ai oublié le nom.
Au mois d'octobre, arrive mon jeune frère Aloyse
qui n'a pu rejoindre sa famille à Manhoué après avoir averti
l'Abbé Schilt du décès de Jean Fischer. Les Allemands l'obligent avec le Jeune Polonais à mener des troupeaux de bovins en Allemagne.
Après trois semaines, il revient à Malaucourt où il est accueilli par la famille Klammes, dont l'épouse est une cousine. Robert Klammes décide après la libération de Malaucourt de rejoindre Meisenthal à pied. Il transportera son père de 80 ans dans une voiture d’enfant, prévu pour sa fille Rose. Aloyse est heureux de retrouver son frère Gérard à Meisenthal.
A la saint Nicolas, le 6 décembre 1944, Meisenthal est libéré par 100°Division US. Ce jourlà tous les partisans sortent de leur cache. et se coupent la barbe. Ils se présentent en rangs par deux aux Américains. Ces derniers décident de les emmener, mais Antoine Maas, le Maire de Meisenthal réussit à convaincre les Américains à les laisser libres. Ainsi, ils ne subiront pas le malheureux sort des Fléchards.
Le 1er janvier, lors de l'Opération Nordwind, les Allemands s'approchent de Meisenthal, tous les partisans en profitent pour se sauver en Alsace à Waldhambach, région que connaissait bien Emile Vogel. Ils y restent jusqu'au 16 janvier 1945.
A mon retour à Meisenthal, je décide d'aller travailler comme commis-boucher à Saint-Louis lès Bitche. Le premier mai 1945, avec mon frère Aloyse, je rejoins ma famille à Tarquimpol, près de Dieuze. Mon père achète une vache, et me demande de la conduire à Ormersviller, où ils
vont me rejoindre. Il me donne encore de l'argent pour en acheter une deuxième, si j’en ai l'occasion. Je pars avec la vache au bout de la corde et mon frère Aloyse la suit. En cours de route, je rencontre un maquignon qui m'en vend une deuxième. Nous avons maintenant la paire.
Le soir de la première journée, nous arrivons au Moulin de Lorentzen où nous nous arrêtons; je demande d'y passer la nuit. Le meunier est d'accord, il soigne les deux vaches, et son épouse nous offre le gîte et le couvert. Le lendemain matin, nous reprenons la route, mais les deux vaches commencent à avoir mal aux pieds, et souvent refusent d'avancer. Avec beaucoup de peine, Guising est atteint, où je demande à nouveau à passer la nuit chez une dame que je connais.
Le lendemain après-midi, nous arrivons à Ormersviller. Quelle désolation! Tout est détruit ou presque. Personne dans la rue, un véritable village fantôme.
Arrivés à notre maison, impossible d’entrer à l'étable qui est encombrée, Aloyse me propose de les attacher dans celle de l'oncle Antoine, dont la maison est attenante. Nous les attachons, et nous prenons la direction de Selwen où habite l'oncle Georges Vogel, qui nous accueille à bras ouverts. Il demande à son fils Emile d'aller soigner les vaches, et invite ses neveux à manger et à boire. Le lendemain matin, arrive un camion au village… Ce sont mes parents qui déménageaient. C'était la première famille expulsée qui revenait du Saulnois.
Témoignages que j'ai recueillis personnellement.
Jozph aNtnoine
