Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu 4 1–11
« En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. »
Du 18 février au 05 avril 2026, l’Eglise nous propose un temps fort de prière, d’écoute et de jeûne de quarante jours, pour regarder de près, notre manière de vivre les uns avec les autres, notre présence à ce monde en souffrance, en lien avec les exigences de l’évangile. C’est le temps du CAREME, « Le Carême est le temps où l’Église nous invite à remettre Dieu au centre de notre vie, afin que notre foi retrouve son élan et que notre cœur ne se disperse pas entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes. » Extrait du message du pape Léon pour le Carême.
Tous les ans, l’Eglise mobilise les chrétiens durant un mois et demi de leur existence, pour faire le point sur leur enracinement dans la foi chrétienne. Pour ce faire, il est nécessaire de prendre du recul, de la distance par rapport à nos activités, nos habitudes, et de réfléchir sur les causes, pourquoi ce manque d’intérêt à la messe dominicale, pourquoi toutes ces violences ? Nous sommes à un tournant important de l’histoire, que ce soit politique, économique, médical, voire religieux. Sans vouloir dramatiser, ni vouloir minimiser le danger que représentent actuellement au niveau mondial, la tension entre les nations, la persécution des chrétiens, le non-respect de la vie humaine, la violence sous toutes ses formes, faut-il rappeler le lynchage de Quentin décédé à 23 ans, ceux qui ont tout perdu par les inondations et catastrophes, le drame des travailleurs qui ont perdu leur emploi, ce sont là les réalités de nos contemporains. Allons-nous fermer nos yeux et nos oreilles sur la vie des Hommes de ce temps ?
Mettons à profit ce temps de carême pour vérifier les fondations et le sens à donner à notre vie, à notre santé, à notre épanouissement. En effet, nous sommes embarqués par des événements, des choix, des occupations, au point de nous éloigner de l’essentiel, de perdre des repères et de troquer des valeurs sûres pour des bricoles. Sans s’en rendre compte, on peut remplacer Dieu par des idoles, et nous découvrir subitement : “nus et livrés à la mort”, comme le décrit le livre de la Genèse.
Dans l’évangile de ce jour, Jésus nous invite à débusquer les pièges du faux semblant et des apparences, les pièges du tentateur. Texte étonnant, mais une parole vraie qui nous est adressée, parole valable aujourd’hui comme hier, une parole qui ouvre le chemin de notre marche vers Pâques, mais non sans peines. Matthieu décrit les trois tentations bien réelles, bien vraies du Christ et qui sont également les nôtres.
1ère tentation : La tentation de la solution de facilité : Tu as faim, alors... puisque tu es le Fils de Dieu, tu peux bien changer ces pierres en pains pour ta satisfaction personnelle ! Avant de penser aux autres, pense donc à toi ! C’est la tentation de l’égoïsme et surtout de la paresse. On risque d’oublier que le pain est « le fruit du don de Dieu qui nous a donné la terre pour la cultiver. Et le fruit du travail de tous les hommes. Le pain se gagne à la sueur du front !
La 2ème tentation, c’est pour Jésus, celle de l’opération qu’on pourrait appeler spectaculaire, sensationnelle : "Jette-toi du haut du temple, et ce geste prouvera que tu es le Fils de Dieu, et te vaudra des tas de disciples !" Jésus résiste à cette tentation. Être Fils de Dieu, ce n’est pas bénéficier de quelques privilèges et échapper à la condition humaine. C’est se situer dans la confiance jusqu’au bout, s’en remettre à Dieu qui a choisi, non pas d’escamoter la mort, mais d’en faire un passage à la vie éternelle !
La 3ème tentation, c’est celle de l’avoir et du pouvoir : "Pour avoir tous les honneurs et tous les royaumes, tu peux bien consentir à te prosterner devant moi. Ça ne te coûte pas beaucoup ; qu’est-ce que cinq minutes de honte ? N’est-ce pas la tentation de réussir sa vie, en acceptant de s’écraser, de se mettre à plat ventre devant ceux qui peuvent t’accorder quelques faveurs ?" C’est ce qu’on appelle aujourd’hui : « la République des copains ». C’est aussi pour nous la tentation de l’orgueil, car la très haute montagne où nous conduit le malin peut être intérieure. C’est par exemple la réussite sociale ou professionnelle, le souci du paraître et de la bonne réputation, pour lequel on se découvre prêt à tous les compromis, à toutes les bassesses ! "Qui s’élève sera abaissé" dit Jésus. En rejetant cette ultime tentation, il nous invite dans ce carême à n’être esclave de rien : ni de notre paresse, ni de l’argent et de la volonté de puissance, ni même du souci de notre réputation.
Au début de ce carême, ayons le courage de reconnaître que ces trois tentations de Jésus sont aussi les nôtres. Dans la prière du "Notre Père", « ne nous laisse pas entrer en tentation » nous demandons au Seigneur : « Aide-nous à ne pas céder à la tentation… à ne pas capituler... aide-nous à résister... apprends-nous à combattre le mal qui souvent nous tente vers la facilité.
Prière Universelle
1.- « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Seigneur, comme Jésus au désert, nous sommes tentés de posséder toujours plus. Apaise en nous ce désir d’avoir, de dévorer. Tu nous donnes ce temps de carême pour écouter ta parole. Qu’elle nous aide à être plus humains les uns envers les autres. Prions le Seigneur.
2.- « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ».
Seigneur, dans le monde politique comme dans le monde religieux, la tentation est forte d’utiliser Dieu pour prétendre détenir le pouvoir sur les autres. Aide-nous à n’invoquer ton nom qu’avec douceur, respect et humilité. Qu’en ce temps de carême, nous rejetions toute forme de violence ou de domination. Prions le Seigneur.
3.- « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte »
Seigneur, nous nous fabriquons toutes sortes d’idoles : l’argent, le pouvoir, la jeunesse… mais toutes ces idoles nous demandent beaucoup d’énergie et finissent par nous décevoir parce qu’elles ne sont que passagères. Que ce temps de carême nous aide à te retrouver toi, le seul vrai Dieu qui nous appelle à être à ton image en notre monde. Prions le Seigneur.
François prêtre retraité
