Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5, 1- 12
« En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
« Une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues. »
C’est comme ça que le livre de l’Apocalypse décrit la fête de la Toussaint, comme la célébration anticipée de la fin de toute vie humaine. Cette fête rassemblera tous les saints, ceux d’hier, et d’aujourd’hui :« Vous êtes les saints de France » disait le pape Léon aux Jeunes au Stade de St Denis. La fête de la Toussaint apparaît comme la fête la plus grandiose de l’année liturgique.
Lorsque ce jour viendra pour nous, nous serons semblables à ceux que Saint Jean nous décrit dans la 2e lecture : « Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est ». Autrement dit, Saint Jean nous invite à contempler la grandeur de cet amour dont le Père nous a comblés.
Ce dessein d’amour n’a qu’un seul but, celui de nous sauver tous et chacun sans exception, de nous faire participer à la vie divine, Dieu veut qu’on arrive à cette vie, il veut que nous communions à ce bonheur.
Dieu veut notre bonheur. Les Béatitudes que nous avons entendues dans l’évangile ne sont pas simplement un code moral, ou un idéal, une sagesse de vie. Elles sont une bénédiction de Dieu sur notre humanité. Elles sont un appel à l’espérance, le chemin du vrai bonheur à emprunter
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Par la proclamation des Béatitudes, Jésus nous annonce une nouvelle extraordinaire, dans le contexte d’aujourd’hui, marqué particulièrement par la vie chère, la violence, le non-respect des personnes. Par neuf fois, l’évangéliste Matthieu utilise le mot « Heureux ». Il annonce que, non seulement le bonheur est possible, mais qu'il est déjà là, aujourd'hui, à la portée de chacun de ses auditeurs. Les béatitudes sont le fondement du message original de Jésus. Toutes ses interventions sur le bonheur s’enracinent dans notre vie quotidienne.
Ce projet de Jésus bouscule les façons de faire de son époque, mais aussi celles d’aujourd’hui. On utilise facilement l’évangile pour se rassurer, alors que la Bonne Nouvelle est annoncée pour libérer les consciences et, ainsi, participer au bonheur de tous. Or le bonheur, dont parle Jésus, est à vivre dans le concret de notre existence. Jésus a proposé de travailler au bonheur de tous, et on a fait de notre religion quelque chose de triste, d'ennuyeux, où les jeunes générations ont du mal à trouver leur place. Dans l’encyclique : « Fratelli tutti », le pape François souhaitait une religion basée essentiellement sur le respect, l’entraide, la fraternité, la miséricorde, la paix, en somme une religion festive. Ce sont là des attitudes humaines indispensables qui peuvent donner un goût divin à la vie humaine. Ce que Dieu vient nous annoncer par Jésus Christ, c'est le bonheur donné à l’Homme.
En cette fête de la Toussaint, nous fêtons tous les amoureux de la vie. De tous ceux et celles qui se sont laissés saisir par la Parole de Dieu et qui l’ont mise en pratique dans leur vie. Je pense que c’est un devoir de mémoire d’évoquer ceux qui ont marqué notre histoire, sans oublier tous les soldats morts pour la France. Ils nous ont laissé le témoignage d’une vie tournée vers l’amour, malgré leurs faiblesses, leurs fragilités et leurs hésitations. Nos aînés ont emprunté un chemin plein d’embûches mais aussi d’espérance et de joie. Les saints et les saintes sont nos frères et sœurs en humanité, croyants ou incroyants ; ce sont des personnes qui ont permis à l'humanité de progresser vers plus de vie. Ils nous ont aidés à aimer et à nous mettre au service de cette vie.
Pour notre temps, certaines béatitudes méritent un soin particulier. En voyant toutes les violences, les fermetures, les licenciements et toutes les bagarres organisées, on peut mieux comprendre aujourd’hui l’appel de Jésus, disant : « Heureux les doux », ceux qui mettent un peu de liant et de douceur sur les blessures. Qui savent entendre les revendications légitimes pour un mieux vivre et qui essaient de donner une réponse favorable.
Quand tant de personnes se trouvent impuissantes et réduites à rien, parce que les plus forts s’arrangent avec les lois, avec l’Intelligence Artificielle, les travailleurs craignent pour leur emploi. Alors on peut accueillir l’appel de Jésus, disant : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ». « Heureux » ceux qui n’hésitent pas à prendre des risques, pour être vrais et droits, dans la défense des plus faibles. Je pense à tous les bénévoles dans les associations : UNICEF, CCFD-Terre Solidaire, Restos du Cœur, Amnesty International, le Secours Catholique et Populaire et tant d’autres.
Pour donner de l’actualité à cette belle fête de Tous les Saints, sachons soutenir les élans de ceux qui sont fatigués. Redonnons le sourire à ceux qui pleurent, et n’abandonnons pas ceux qui se sentent seuls. Il est urgent de redonner à l’Amour toute sa grandeur.
Que cette Eucharistie nous enracine davantage en Jésus-Christ. Fortifiés dans l’espérance de devenir des « saints », non pas des personnes parfaites, mais des personnes qui accueillent la vie de Dieu et qui cherchent à la mettre en pratique. Que cette fête de « tous les saints », qui est aussi notre fête, vienne accomplir en nous les promesses de notre baptême, les promesses de Dieu manifestées dans le Christ Jésus notre Seigneur.
Bonne fête à vous tous qui êtes sur le chemin de la sainteté !
François, prêtre retraité
