samedi 5 septembre 2026

On se réveille à 3 heures du matin, pourquoi ?

 


Ce que les archives ont révélé

Dans les années 1990, un historien américain, A. Roger Ekirch, travaillait sur un sujet a priori sans rapport : la vie nocturne dans l'Europe et l'Amérique pré-industrielles.

En dépouillant ses sources, il tombe sur une expression qui revient, encore et encore, sans que personne ne prenne la peine de l'expliquer : le « premier sommeil ».

Puis, plus loin : le « second sommeil ».

Intrigué, il se met à les compter.

Il en trouve d'abord plus de cinq cents.

Aujourd'hui, il en a recensé plus de deux mille, dans une douzaine de langues, dans des journaux intimes, des registres judiciaires, des traités médicaux, des livres de prières, des œuvres littéraires.

Certaines remontent à la Grèce antique, jusqu'à l'Odyssée d'Homère.

Le tableau qui se dessine est sans ambiguïté.

Pendant des siècles, la nuit se vivait en deux temps : un premier sommeil peu après la tombée du jour, puis une veille d'une à deux heures, puis un second sommeil jusqu'à l'aube.

Et cette veille nocturne n'était pas subie. Elle était habitée.

On priait. On discutait avec son conjoint. On mangeait. On prenait ses remèdes. On faisait l'amour. On rendait visite aux voisins. Certains médecins de l'époque considéraient même ce moment comme particulièrement propice à la conception.

Personne ne s'en plaignait, parce que personne ne pensait qu'il y avait là un problème. C'était simplement la nuit.

Ce n'est qu'au XIXᵉ siècle que cette structure s'efface, à mesure que l'éclairage artificiel repousse l'heure du coucher.

Le premier sommeil s'étend, le second se réduit... jusqu'à disparaître.

Et avec lui disparaît l'idée qu'une nuit puisse légitimement se faire en deux fois.
 

L'expérience qui a tout confirmé

Cette histoire aurait pu rester une curiosité d'historien.

Sauf qu'entre-temps, un psychiatre l'avait vérifiée sans le savoir.

Au début des années 1990, Thomas Wehr, chercheur au National Institute of Mental Health américain, veut comprendre comment dormaient les humains avant l'électricité.

Son protocole est d'une simplicité brutale : il place quatorze volontaires dans l'obscurité totale pendant quatorze heures par jour, au lieu des huit heures habituelles, et il observe.

Pendant un mois.

Les premières semaines, rien de spectaculaire : les participants rattrapent leur dette de sommeil.

Puis, à la quatrième semaine, un schéma se dessine.

Sans qu'on leur ait rien demandé, les volontaires se mettent à dormir environ quatre heures, à se réveiller une à trois heures, puis à se rendormir pour quatre heures encore.

Exactement la structure décrite dans les archives d'Ekirch.

Wehr observe quelque chose, de plus troublant encore : la durée de sécrétion nocturne de mélatonine s'était elle aussi allongée.

Ce n'était pas une habitude qui refaisait surface. C'était une horloge interne qui se remettait en place.

Ses résultats sont publiés en 1992 dans le Journal of Sleep Research, sous un titre limpide : « In short photoperiods, human sleep is biphasic ».

Ces travaux sont impressionnants...
Mais que peut-on en conclure concrètement ?

Cela ne signifie pas que les réveils nocturnes sont sans importance.

Wehr plaçait ses volontaires dans quatorze heures d'obscurité, une situation qui n'a rien à voir avec une nuit moderne.
Se réveiller trois fois en cherchant le sommeil pendant des heures n'est pas la même chose qu'une veille tranquille entre deux sommeils.

Se réveiller la nuit n'est pas, en soi, le signe d'une nuit ratée. 

Nos ancêtres le faisaient chaque nuit, et personne ne s'en portait plus mal.

La vraie question est  : Le corps a-t-il eu le temps de faire son travail avant ce réveil ?

Parce que pendant qu'on dort l'organisme ne se met pas en pause.

Il nettoie le cerveau, entretient les articulations, réarme le système immunitaire, laisse le cœur récupérer, régule le microbiote.

Cela se joue dans une phase bien précise : le sommeil profond.

C'est cette phase qui compte. Et  elle  diminue naturellement à partir de 60 ans.

C'est tout le sujet de l'enquête que nous avons publiée avec Marine, ingénieure en agroalimentaire et spécialiste en micronutrition.