Dans les villages, le maître habitait au-dessus de l'école. Le logement de fonction faisait partie du poste.
Ça changeait tout.
Il n'était pas quelqu'un qui arrivait le matin et repartait le soir. Il vivait là. On voyait sa lumière allumée tard. On croisait sa femme au marché. Ses enfants étaient dans nos classes.
Il connaissait chaque famille, chaque difficulté, chaque situation. Il savait quel enfant venait d'une maison où l'on buvait, lequel travaillait à la ferme avant l'école, lequel n'avait pas de quoi acheter ses livres.
Et il agissait. Il gardait les plus faibles après la classe, gratuitement. Il rédigeait les courriers administratifs des familles qui ne savaient pas écrire. Il conseillait, arbitrait, apaisait. Souvent, il était aussi secrétaire de mairie.
Le maître était une institution à lui seul, un pilier du village au même titre que le curé ou le médecin.
Aujourd'hui, les enseignants font parfois quarante kilomètres pour venir travailler et repartent aussitôt. Ce n'est pas leur faute, c'est le système.
Mais un village a perdu quelque chose quand la lumière du maître ne s'allume plus au-dessus de l'école.
Vous vous souvenez du vôtre ? Il habitait où ?
Les logements de fonction gratuits des instituteurs n'ont pas été supprimés d'un coup par une loi spécifique, mais se sont éteints progressivement à partir de 1989 et 1990 suite à la création du corps des professeurs des écoles.
Voici comment s'est déroulée cette disparition :
- La loi d'orientation sur l'éducation du 10 juillet 1989 et le décret du 1er août 1990 ont créé le corps des professeurs des écoles (catégorie A) pour remplacer celui des instituteurs (catégorie B).
- Contrairement aux instituteurs dont le droit au logement gratuit par les communes remontait aux lois de 1886 et 1889, les professeurs des écoles n'ont pas obtenu ce droit réglementaire.
- Une extinction progressive : L'arrêt du droit au logement s'est appliqué au rythme des intégrations. Chaque instituteur qui choisissait de devenir professeur des écoles perdait automatiquement son droit au logement gratuit ou à l'indemnité compensatoire (IRL). Ceux restés sous l'ancien statut d'instituteur ont conservé ce droit jusqu'à leur départ à la retraite.
- C'est ainsi que de nombreux enseignants doivent se déplacer tous les jours.