vendredi 20 mars 2026

Le rôle de la forêt dans la protection de l'environnement


 
Photo JAS

La "valeur écologique" de la forêt est de plus en plus reconnue aujourd'hui. Prendre en compte la forêt dans une politique globale d'aménagement rural permettrait aussi de promouvoir son rôle de sauvegarde de l'environnement. On peut rappeler ici les fonctions protectrices fondamentales de la forêt. 

La protection contre les érosions

Grâce à son couvert continu, le forêt joue un rôle de premier plan dans le maintien des sols et la protection contre l'érosion. Cette action a été illustrée par les travaux de reboisement exécutés au cours du XIXe siècle et poursuivis jusqu'à nos jours dans les pays concernés par la fixation des dunes du littoral et par la restauration des terrains en montagne.

C'est ainsi que, sur la côte Aquitaine (France) par exemple, on a reverdi et boisé les zones situées au-delà de la bande littorale avec l'oyat et le pin maritime. Après plus d'un siècle et demi d'existence, la forêt dunaire continue à jouer pleinement, sur quelques 50 000 ha, son rôle de protection et de fixation du sable.

De même, à la suite d'inondations catastrophiques résultant du déboisement des Alpes et des Pyrénées, une série de lois en 1860, 1864 et 1882 a permis à l'Etat français de réaliser des travaux nécessaires à la protection des lieux habités et à la régulation du régime des eaux. Dans ce cadre, l'Etat s'est porté acquéreur de 380 000 ha de terrains destinés à la construction d'ouvrages d'art et à la reconstitution de la végétation, essentiellement par le reboisement de 260 000 ha.

Ces travaux assurent effectivement une protection, principalement contre le ravinement, les départs d'avalanches, les chutes de blocs et les glissements de terrains. Ils protègent directement des bâtiments, des équipements divers (routes, voies ferrées) et garantissent des intérêts agricoles et forestiers. Cependant, leur action n'est durable que dans la mesure où les entretiens, indispensables dans des conditions difficiles, sont régulièrement exécutés, malgré leur coût important. 

L'action régulatrice sur le climat, l'air et le cycle de l'eau

Les massifs boisés et les haies

Ils influent sur le climat par la transpiration végétale et par la résistance réelle qu'ils opposent aux changements climatiques. De plus, la présence d'une forêt dévie les vents au-dessus des arbres et réduit leur violence au niveau des cultures. Le calme relatif de l'air au niveau du sol assure une hygrométrie plus régulière et un taux constant de gaz carbonique, donc une photosynthèse plus soutenue. Les rendements agricoles s'en trouvent améliorés.

La forêt contribue à l'épuration de l'air

Elle peut extraire de 30 à 60 tonnes/ha de poussières par an avec une efficacité variable selon les essences. En outre, grâce à la fonction chlorophyllienne, un hectare de futaie fixe chaque année 6 à 10 tonnes de carbone et libère dans le même temps 12 à 20 tonnes d'oxygène. Les forêts en accroissement rééquilibrent ainsi le milieu en oxygène.

L'importance des fonctions protectrices et régulatrices de la forêt

Cette importance justifie à elle seule que la lutte contre les incendies constitue une préoccupation majeure des pouvoirs publics depuis plusieurs siècles : création d'un réseau de chemins, de tranchées pare-feu, surveillance de massifs et débroussaillement sont des mesures qui restent aujourd'hui d'actualité.

Les écosystèmes forestiers jouent un rôle important dans l'économie de l'eau

Les apports d'eau à partir des pluies et des brouillards sont nettement plus élevés en forêt qu'en terrain ouvert. De plus, le couvert forestier limite les phénomènes de ruissellement. La capacité de rétention est accrue par la présence de racines. L'eau infiltrée alimente ainsi les réserves du sol et recharge les nappes phréatiques.

La contribution à la diminution de l'effet de serre

Depuis peu de temps, les responsables prennent conscience d'une autre fonction importante des forêts dans le contexte du changement de climat mondial causé par l'activité humaine. La fixation du gaz carbonique par le bois fournit une contribution à la diminution du taux de CO2 de l'atmosphère. Celle-ci ne doit pas être surestimée étant donné la surface limitée que représente l'Europe.

Toutefois, la politique de la protection de la forêt est un constituant très important de la politique globale de l'environnement. Cette interprétation a été confirmée lors de la Conférence de Rio (CNUED) en 1992, de la Conférence G7 à Munich en 1992 ainsi que par les décisions du Conseil de l'Europe en juin 1992. L'Europe a donc une double responsabilité : celle de la gestion durable de ses forêts (pratiquement assurée) mais aussi celle d'une aide et d'un contrôle pour toutes les forêts dont elle importe du bois. De plus, l'aspect forestier ne peut être dissocié des autres secteurs dans les pays en voie de développement auxquels elle apporte son aide.

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14.3.2 - La protection de la nature

Seule une toute petite partie de la forêt (moins de 1 %) représente des forêts reliques considérées comme primaires. Les écosystèmes rares sont, dans l'Union européenne, bien moins menacés que par le passé mais doivent bénéficier d'une protection spéciale. Plus généralement, la protection de la nature et des espèces peut conduire à des restrictions ou à des contraintes dans le domaine de l'économie forestière. L'application de la Directive 79/409 concernant les oiseaux sauvages, et surtout la mise en oeuvre de la récente Directive 92/43 concernant les habitats naturels, la faune et la flore sauvage pourront entraîner :

  • la non-exploitation de certaines zones,
  • des contraintes de gestion nouvelles (choix des essences, engrais, travail du sol...),
  • des contraintes d'exploitation nouvelles.

Les écosystèmes forestiers étant fortement représentés dans les habitats d'intérêt communautaire, les interactions et les répercussions sur la gestion et l'économie forestière doivent être étudiées avec attention.

Les forêts proches des agglomérations se trouvent menacées en particulier par la "concurrence de surface" (par exemple les terrains constructibles) et les pollutions atmosphériques de proximité. Ailleurs, 20 % de la forêt de l'Union européenne manifeste des signes de dépérissement nets. Les causes de ce dépérissement diffèrent beaucoup d'un pays à l'autre. Toutefois, tous les pays reconnaissent en général l'influence de la pollution de l'air dans le contexte de l'affaiblissement des capacités de réaction des écosystèmes aux périodes de sécheresse, par exemple.

Dans les Etats membres méridionaux, les incendies de forêt sont à l'origine chaque année de la destruction de la végétation forestière sur 1 % de la surface des espaces forestiers de l'Union européenne. Avec l'intérêt grandissant que ces espaces ruraux représentent pour le tourisme, les phénomènes de mitage et d'exode rural, la menace des incendies de forêt augmente et leurs effets sont de moins en moins supportables.

Les objectifs de la protection de l'environnement ne sont pas en contradiction avec l'objectif d'un développement plus soutenu de l'économie forestière. Au contraire, dans de nombreuses régions de l'Union européenne, le boisement et la sylviculture constituent la base des mesures fondamentales de la protection de l'environnement.

Concrètement, l'Union européenne prend progressivement en compte les aspects écologiques. A cet égard, elle définit les objectifs suivants, qui doivent être atteints grâce à des programmes d'aides : préservation de la fertilité du sol à long terme et sauvegarde de la flore et de la faune forestière, protection du paysage et augmentation de la diversité des espèces.

Certes, une économie forestière mal comprise peut avoir des effets négatifs sur l'environnement (augmentation de la surface forestière par de vastes monocultures peu naturelles, altération des paysages par des boisements trop massifs). Mais la sylviculture tient compte, de plus en plus, des possibilités stationnelles des terrains et du respect du paysage, ce qui permet de se prémunir contre ces risques.