Photo DRLe premier jour d’école, Madame Lambert, institutrice de CM2, annonça à ses élèves qu’elle les traiterait tous de la même façon, sans favoritisme. C’était une promesse qu’elle faisait chaque année. Mais cette fois-là, elle allait découvrir combien il serait difficile de la tenir.
Dans sa classe, il y avait plusieurs enfants turbulents… mais aucun comme Julien.
Il arrivait à l’école sale, sans ses devoirs, perturbait la classe ou s’endormait sur sa table. Il devenait une frustration quotidienne. Un jour, excédée, elle alla voir le directeur :
— Je ne suis pas faite pour gérer un enfant aussi insolent. Je ne le veux plus dans ma classe. Les vacances de Noël approchent, et sincèrement… j’espère ne pas le revoir en janvier.
Le directeur l’écouta en silence, puis lui tendit un dossier : le livret scolaire de Julien.
Elle le prit à contrecœur. Mais en tournant les pages, son regard changea.
CP : Julien est un élève joyeux, curieux et attachant. Il s’applique bien. C’est un plaisir de l’avoir en classe.
CE1 : Julien reste gentil, mais il semble souvent inquiet. Sa maman est gravement malade.
CE2 : Julien a perdu sa maman cette année. Depuis, il est triste, souvent replié sur lui-même. Son père semble distant et peu présent.
CM1 : Julien ne parle presque plus. Il est isolé. Il ne semble plus croire en rien.
Madame Lambert referma le dossier, bouleversée.
Le dernier jour avant les vacances, les élèves apportèrent de petits cadeaux. Tous joliment emballés.
Julien, lui, tendit un vieux sac en papier un peu froissé.
À l’intérieur : un bracelet abîmé avec des perles manquantes et un petit flacon de parfum presque vide.
Quelques élèves ricanèrent.
Mais Madame Lambert passa le bracelet à son poignet, et mit un peu de parfum sur ses poignets.
Le silence revint aussitôt.
Julien fut le dernier à sortir.
Avant de franchir la porte, il se tourna vers elle et dit doucement :
— Aujourd’hui, vous sentez comme ma Maman.
Ce soir-là, elle pleura longtemps.
Et comprit que son rôle n’était pas seulement d’enseigner les maths ou la grammaire…
mais d’aimer, d’écouter, et de voir ses élèves pour de vrai.
En janvier, elle revint en classe avec ce vieux bracelet et quelques gouttes du parfum.
Le sourire de Julien, ce jour-là, fut le plus beau des cadeaux.
Et dès lors, petit à petit, Julien redevint l’enfant curieux et lumineux qu’il avait été.
Les années passèrent. Ils perdirent contact…
Jusqu’au jour où elle reçut une lettre :
“Chère Madame Lambert, je suis aujourd’hui le Dr Julien Mercier. Je viens d’obtenir mon diplôme de médecine, et je vais épouser une collègue rencontrée à la fac. J’aimerais que vous soyez mon témoin.”
Le jour du mariage, elle remit le bracelet et le parfum.Quand ils se virent, ils se prirent dans les bras.
— Tout ce que je suis… je vous le dois., murmura-t-il.
Et elle, les yeux humides, répondit :
— Non, Julien. C’est toi qui m’as tout appris.
Tu m’as montré ce que signifie vraiment… être enseignante.
