Le 14 octobre, dans un billet posté sur Mediapart, Michel Trésallet, fils d un résistant de Tulle, s'offusque de l'inscription « morts pour la France » accordée aux incorporés de force suite à une récente convention signée entre le Souvenir français et la région Grand Est.
« Pourquoi ne pas inclure aussi les volontaires français de la division Charlemagne ? »
Dans son billet il qualifie de « voyous » les membres de l'ADEIF (Association Des Evadés et lncorporés de Force) qui avaient traduit en justice Robert Hébras, rescapé du massacre d'Oradour-sur-Glane, pour ses propos sur les Alsaciens enrôlés « soi-disant de force dans les unités SS . Tous Ies témoins des massacres de Tulle, d' Ora-
dour et d'ailleurs sont catégoriques, aucun des SS présents ne rechignait à exécuter leur sinistre travail » insiste-t-il.
<< Etaient-ils incorporés de force ou volontaires ?"
ll poursuit : « On parle beaucoup des Malgré-nous avec des sanglots dans la voix, mais on ne parle jamais de ces Alsaciens qui ont refusé de s'engager dans la Wehrmacht ou la Waffen SS », citant les résistants du réseau Wodli, de la Main Noire ou encore du groupe Derhan.
Ce texte a provoqué de nombreuses réactions.
L'historien Nicolas Mengus qui a réalisé une frise, mélange de storyboard et de BD, illustrant la pièce d'lgor Futterer La cigogne n'a qu'une tête, réplique : « Comparativement, Ie nombre de Français collaborateurs, dénonciateurs et
engagés volontaires dans la LVF (Légion des Volontaires Français) est bien plus élevé qu'en Alsace-Moselle annexée de fait. »
La députée haut-rhinoise Brigitte Klinkert rappelle que la mention
<< mort pour la France » pour les incorporés de force est loin d'être nouvelle et fut demandée par le général de Gaulle dès l'après-guerre. Par ailleurs, elle a inauguré une plaque dédiée aux Malgré-nous en Lituanie et en Arménie.
Enfin les résistants évoqués par M. Trésallet sont présentés dans notre Mémorial dont la fréquentation fait mentir ce propos de Luc Elling, incorporé de force : « Mon cæur reste meurtri de voir qu'une bonne partie de mes compatriotes de la France profonde reste dans une totale ignorance du tragique destin vécu par les Alsaciens pendant la guerre'" .
Jean-Marie Esch, président de IAMAM
Les malgré-nous
"Lors du conseil de révision de la classe 1926, ceux qui avaient la taille de 1,65 m ou plus étaient automatiquement envoyés chez les SS". m'a confié Gérard Meyer d'Ormersviller qui a été désigné pour rejoindre les SS". Ses parents ainsi que les miens avaient été expulsés à Manhoué (Moselle) en novembre 1940, où stationnaient de nombreux douaniers allemands. Gérard Meyer ayant la taille voulue, a été convoqué pour rejoindre le régiment SS. Après avoir sauté du train en rase campagne, il a rejoint une famille à Lorquin où il se faisait passer pour un tchèque, aidant un cultivateur. Et c'est ainsi que grâce à son courage; il a réussi à y échapper. D'après de nombreuses enquêtes auprès des habitants d'Ormersviller, aucun villageois a collaboré. Ceux qui sont entrés dans l'armée allemande, c'était pour éviter la déportation des parents.
Quand vous visitez les villages d'Alsace-Moselle, on constate souvent qu'il y a eu autant de morts en 39/45 qu'en 14/18, ce qui n'est pas le cas dans les autres départements. Une famille a perdu 4 fils et une autre trois.
Il faut rappeler que l'Alsace-Moselle a été allemande du 10 mars 1871 (Traité de Francfort) au 28 juin 1919 (Traité de Versailles), ensuite du 28 juin 1940 (armistice) au 16 mars 1945 (libération)
Mon père a été soldat allemand de 1916 à 1918 à Verdun, soldat français d'août 1939 à décembre 1939 à Dieuze. Il m'a raconté:"ils étaient plusieurs a monter la garde. Le colonel passe devant et le sergent dit à la garde : "Présentez, armes" deux lorrains qui ont été soldats allemands ont présenté les armes à l'allemande. Le colonel donna l'ordre de les mettre en prison. Un lieutenant Lambert de Sarreguemines a dû intervenir et expliquer pour les libérer.
Mon frère René a été soldat allemand en Norvège de 1943 à 1945, et moi j'étais soldat français en Algérie de 1961 à 1963.
Pour un Français de l'Intérieur qui ne connaît pas bien l'histoire de France n'y comprendra rien.
Joseph Antoine Sprunck