mercredi 21 novembre 2018

Le message du père François

Évangile de Jésus Christ selon St Jean 18 33–37
« En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » 

Contrairement à ce que « l’on raconte », les rois sont encore très nombreux de nos jours. En plus des monarques qui honorent ou dirigent des pays, il y a les rois de la presse, les rois du pétrole, les rois de la pègre ou de l’argent. Il y a aussi parmi nous : « l’enfant - roi » et « le client - roi »…
Derrière tous ces mots se cache ou se manifeste un pouvoir, une zone d’influence, une force qui impose le respect ou même une forme de tyrannie.
Celui qui est roi dans l’un de ces domaines fascine et fait peur, il attire et impose son autorité et dicte ses lois.
On retrouve ces dérives dans tous les domaines : le spectacle, le sport, la finance, la robotique. Ce sont là des idoles qui se comportent comme des rois ou des reines : ils ont une cour, des admirateurs, des gardes du corps, des résidences somptueuses et ils en profitent pour s’enrichir sans mesure.
Que vient donc faire le Christ Roi de l’évangile, au milieu de tous ces rois ?
Jésus n’est soutenu ni par un groupe financier ni par un mouvement politique. Il n’a pas d’autre force que celle de son témoignage d’Amour et de Vérité.
Contrairement aux puissants, il n’impose rien, mais c’est le Dieu qui propose et invite.
Il se présente comme un témoin : témoin de la Vérité. Il montre qu’il n’y a de Vérité que dans l’Amour ! « Amour et vérité se rencontrent » dit le psalmiste.
Un monde où l’amour n’est pas roi, deviendrait rapidement un monde désespérant, désemparé, tyrannique.
Méfions-nous d’abord de ce titre de roi pour Jésus. Ce titre de roi, lié au pouvoir, c’est le risque le plus grave. Il peut amener les disciples de Jésus à l’imposer, ou pire, s’imposer de force en son nom.
Suite au Concile Vatican II, le Pape Paul VI a renoncé à la tiare aux trois couronnes. Elle devait symboliser le pouvoir du pape et sa domination sur tous les pouvoirs terrestres. Et cette tentation de pouvoir, de reconnaissance est toujours présente chez les nostalgiques du passé.
Mais alors, le Christ est-il roi, oui ou non ? Oui ! Mais pas à la manière dont Pilate, les grands-prêtres et beaucoup d’hommes de notre temps le vénèrent. Toute la question est de savoir quel sens donnons-nous à la royauté de Jésus? Roi pour dominer et se faire obéir, ou Roi pour servir ? Rappelons l’onction royale du Roi David. Le pouvoir lui a été donné par Dieu pour servir son peuple et non pas pour s’en servir. Cette question est toujours d’actualité et en particulier, quand le fossé entre les riches et les pauvres ne fait que s’agrandir. Comment se fait-il, quand il y a des difficultés, on ne trouve pas d’autres solutions possibles que de s’en prendre aux plus faibles ?
Dans l’évangile et tout au long de l’histoire, Jésus nous a fait connaître son Père. Un Père qui est plein d’Amour et de Miséricorde pour tous ses enfants. Sans cesse, c’est Lui qui donne Vie, Soigne, Ressuscite ! C’est Lui le « tout aimant » qui nous propose un monde nouveau, qui a ses racines dans la vie d’aujourd’hui. Déjà dans ce monde, on peut reconnaître les traces du monde nouveau. Des bénévoles s’investissent et organisent des soutiens pour ceux qui ont faim, pour ceux qui sont enfermés dans l’ignorance et qui combattent les abus qui écrasent nos frères. En portant secours aux plus démunis, tous ces bénévoles indiquent un chemin nouveau pour que vive la fraternité.
Grande aussi sera notre joie de rencontrer tous ceux qui aiment la vérité et qui sont animés par l’Amour qui vient de Dieu. Mais cet amour peut aussi nous conduire sur la croix comme Jésus et tant de crucifiés d’aujourd’hui. Il faut nous en souvenir. N’oublions pas la parole d’un crucifié à côté de Jésus : « Dans ton royaume, souviens-toi de moi Seigneur »…
Et la réponse de Jésus : « Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis. »
François, prêtre retraité