mercredi 5 novembre 2025

Fête de la Dédicace du Latran



« Frères et soeurs, ce dimanche est un peu spécial, car chaque année le 9 novembre la liturgie fait mémoire de la dédicace de la basilique du Latran à Rome, l'église cathédrale du pape, successeur de l'Apôtre Pierre. Ainsi nous proclamons et célébrons le lien vital et vivifiant qui unit notre communauté particulière à l'Église universelle, rassemblée autour de Pierre. Cette Église est sainte, car elle est animée par l'Esprit Saint qui la sanctifie par les sacrements, mais elle est formée des pécheurs que nous sommes tous, hommes et femmes, faibles, plus ou moins blessés, toujours en chemin de conversion.

Au seuil de cette messe, nous reconnaissons notre péché et demandons au Seigneur de convertir notre coeur pour que le visage de son Église devienne beau et resplendissant, sans tache ni ride, comme il sied à l'Épouse du Christ, qui l'a aimée et s'est livré pour elle. »

 

1ère lecture : Ez 47, 1-2.8-9.12

2ème lecture : 1 Co 3, 9b-11.16-17

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 2,13-22.

« Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple, les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : 

« Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » 

Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture : L’amour de ta maison fera mon tourment. Les Juifs l’interpellèrent : 

« Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps. Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. »

 

L’évangile de ce dimanche nous révèle la grande passion de Jésus. S’il est offusqué de ce qui se passe dans le Temple de Jérusalem, s’il intervient avec autant de force et d’autorité, c’est qu’il a à cœur la maison de Dieu, la qualité de la prière qui s’y exprime, la vérité de la Parole de Dieu qui est proclamée en ce lieu. L’attitude de Jésus a quelque chose à nous dire sur notre passion pour Dieu, sur la vérité de notre relation avec lui, sur la qualité de notre prière.

La vraie religion est une affaire de passion, d’engagement ; elle est une histoire d’amour. Notre relation avec Dieu appelle de notre part une fidélité sans faille ni tricherie, malgré nos faiblesses et nos tâtonnements. Il en est avec Dieu comme avec un ami. L’amitié appelle de la part du partenaire une fidélité, voire même une intimité.  Le bonheur de l’amitié, c’est l’engagement sincère et durable, la promesse d’être là quoi qu’il arrive.

Nous faisons tous l’expérience d’une telle fidélité au niveau de nos relations humaines les plus marquantes : fidélité à soi-même, fidélité au sein d’un couple, à tel groupe, à tel engagement. Cette fidélité, nous savons qu’elle peut se perdre, quand nos vieilles habitudes nous rattrapent, quand la lassitude mine la confiance de l’un envers l’autre.

C’est que la fidélité, tout comme l’engagement, est quelque chose de personnel. C’est du cœur, de l’intime de soi que jaillissent le désir et la volonté de s’offrir à l’autre, et de se donner à Dieu. La religion qui ne serait que pratique extérieure, une « mystico-gélatineuse », qui n’est pas incarnée dans le quotidien, n’est pas cette relation souhaitée par l’enseignement de Jésus. « Que votre Oui soit Oui, que votre Non soit Non » Être vrai dans toutes nos entreprises, y compris quand nous prions.

D’où le besoin exprimé par Jésus de raviver sans cesse la ferveur. Et c’est ce à quoi il s’emploie dans son intervention au Temple. « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

 

Que pouvons-nous retenir de cet évangile ?

Notre foi n’est pas liée à un bâtiment, fusse une cathédrale, mais à la personne de Jésus. Quand nous parlons Eglise, nous pensons à un édifice. Or le mot Eglise signifie : rassemblement de chrétiens qui célèbrent la mort et la résurrection de Jésus-Christ au cours de l’Eucharistie dominicale. 

Mais, bien sûr, nos églises de pierre n'ont de sens que par la communauté chrétienne qui s'y rassemble. Sans quoi, elles ne seraient plus qu'un habitacle vide ou, tout au plus, un monument de notre patrimoine artistique. C'est la communauté des croyants qui est le lieu où le Christ habite en vérité. St Paul nous l'a déclaré dans la deuxième lecture : « c'est vous qui êtes le temple de Dieu et l'Esprit de Dieu habite en vous. »

 

Ainsi, les trois lectures de cette Messe, le prophète Ézéchiel, l'apôtre Paul et l'évangile de St Jean, nous font contempler ce merveilleux mystère de l'Église en toute sa beauté, tel que nous le vivons dans l'histoire de notre salut. Ces lectures nous conduisent du Temple de Jérusalem au Temple véritable : le corps du Christ ressuscité, dont nous sommes les membres. De par notre baptême, nous sommes devenus le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en nous. A nous maintenant de le laisser agir pour qu’il puisse porter beaucoup de fruits. 


François, prêtre retraité